Parution d’un coffret de 5 CDs  HARMONIA MUNDI le 19 Janvier 2018.

Antoine et Jean-Baptiste FORQUERAY
… ou les tourments de l’âme.

Musique très actuelle et d’une grande diversité qui nous touche profondément et nous interpelle.
Et pourtant, cette musique (puissante, tendre, virtuose, fascinante, novatrice) a été écrite pour le clavecin et la viole de gambe au début du XVIII° siècle par la famille Forqueray: Antoine, Jean-Baptiste et sans doute Marie -Rose…!

Une intégrale qui pour la première fois mêle ces deux instruments: les œuvres pour viole de gambe et celles magnifiquement transcrites pour le clavecin, auxquelles s’ajoutent les hommages musicaux (dont certains tout à fait inédits, avec violon), dédiés à cette famille hors norme, tant à leur époque qu’ à la nôtre .
Antoine et Jean-Baptiste… deux êtres qui se sont longtemps déchirés alors qu’au regard de la postérité, leur musique ne fait pour ainsi dire plus qu’une.
Des textes relatant leurs nombreux démêlés judiciaires sont lus par Nicolas Lormeau de la Comédie Française.

Interprètes :

Michèle Dévérité, clavecin

Kaori Uemura, viole de gambe
Ryo Terakado, violon
Ricardo Rodriguez, viole de gambe (continuo)
Robert Kohnen, clavecin

Nicolas Lormeau de la Comédie Française raconte les FORQUERAY.

Dans l’intimité des FORQUERAY

Par Michèle Dévérité

Michèle Dévérité par Jean-Baptiste-Millot
Michèle Dévérité. Par Jean-Baptiste Millot

Cet enregistrement propose pour la première fois une intégrale de l’œuvre des Forqueray.

Une musique puissante, virtuose, fascinante, qui touche au plus profond , mêlant pièces de clavecin et pièces pour viole de gambe et basse continue.

Il inclut les quatre pièces de jeunesse d’Antoine Forqueray, extraites du Recueil de pieces de violle avec la basse tiré des meilleurs autheurs, ainsi que notre transcription pour deux clavecins des pièces à trois violes du manuscrit de Lille – sorte de clin d’œil à la pratique familiale d’ailleurs (et très courante à l’époque) des Forqueray.
La grande renommée et le large rayonnement des Forqueray père et fils ont donné lieu à des hommages nombreux constitués de pièces diverses, toutes réunies ici en totalité – un témoignage vivant qui nous permet de découvrir des auteurs très peu connus de nos jours, mais dont les œuvres méritent le détour.

Cette fascination, qui s’exerce encore de nos jours, a suscité deux créations en hommage aux Forqueray : un tombeau et un carillon.
Enfants prodiges, les Forqueray ont joui dès leur plus jeune âge, sous la protection du roi Louis XIV, d’une charge à Versailles. Musiciens permanents, ils participent à toutes les activités incombant à leur statut : musique de chambre, musique de scène, bals, opéra et musique sacrée ; présents en toute occasion, y compris dans l’intimité du roi, leur fonction est confortable. Ils sont également maîtres de musique et enseignent leur instrument à de prestigieux élèves, comme Madame Henriette de France. Ils ne sont pas pour autant confinés à Versailles. En cette fin du XVIIe où le pouvoir du roi est remis en cause, où la notion de goût évolue grâce à l’apport des Italiens, la société de cour se diversifie, de nouveaux courants voient le jour. Les « Maisons » ressentent le besoin d’une identité qui leur est propre. Des lieux emblématiques deviennent le centre d’activités intellectuelle et musicale où les Forqueray ont pleinement leur rôle à jouer : autour de la Duchesse du Maine à Sceaux, des princes de Condé, de Conti, de la Duchesse de Bourgogne, du Duc de Berry, du Prince de Carignan, de l’électeur de Bavière alors en exil en France, du Duc d’Orléans… Des foyers musicaux naissent un peu partout, y compris en province, sous les formes d’académie, de cercle, d’assemblée ou d’association – comme celle du Concert-Spirituel. On y retrouve les Forqueray, à Lille, à Nantes, à Rennes…

 

LES INSTRUMENTS UTILISÉS

Trois clavecins : le clavecin “bleu” d’Antony Sidey de 1976, un clavecin français et un clavecin allemand d’Alain Anselm – le choix de ces trois clavecins nous a permis d’élargir la palette de couleurs et de disposer d’un large choix d’affects, et nous a semblé bien répondre à l’inventivité et à la puissance des pièces de Forqueray (chacune étant unique), mais également des autres œuvres dédiées ;

Un violon original de Nicolo Amati de 1645
Une viole originale de Bertrand 
Une viole, copie de Colichon de 1691 par Marco Ternovec (Udine, 2013).

En mêlant ces instruments, nous sommes peu à peu entrés dans leur intimité – de “personnages” qui prennent la parole, racontent, échangent, se fondent avec leur sonorité riche et unique, valorisant ainsi la liberté du discours musical. Nous avons tenté de créer une osmose entre le geste créateur du compositeur, celui du facteur ou du luthier, et les doigts de l’interprète, tous à la recherche du “je-ne-sais-quoi” cher à Rameau : éphémère, source de grâce et d’émotion, mais également de passion et d’imagination.
Cet enregistrement est le reflet de trois années de travail intense : passionnée depuis toujours par les Forqueray, j’ai toujours aimé interpréter leur œuvre hors norme et ma quête s’est peu à peu transformée en un véritable attachement pour ces personnages complexes, étonnamment vivants, que sont Antoine et Jean-Baptiste, mais également la seconde épouse de ce dernier, Marie-Rose Dubois – appropriation, questionnements, attirance pour le contexte sociologique et culturel à travers les textes d’une époque captivante, indissociable de la musique. Musicienne et non musicologue, cette imprégnation m’a permis d’émettre humblement quelques hypothèses qui peuvent sembler subjectives, mais ô combien intuitives et ressenties.

MICHÈLE DÉVÉRITÉ

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